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Comment le Moringa est il devenu un super aliment ? L’est t-il vraiment ?

  • moringa oleifera

Le marché des superaliments ne cesse de croître au gré de notre appétit des plantes aux « super pouvoirs ».

Spiruline, baies d’açaï, baies de goji et j’en passe, vous reconnaissez sans doute là de nombreux superaliments qui ornent les smoothies bowls de vos instagrameurs préférés !

Et si le Moringa ne vous parle pas encore, vous devrez prochainement entendre parler de ce « nouveau venu » qui promet une énergie débordante à quiconque le consomme.

Fruit du Moringa Oleifera, un arbre de l’Himalaya, l’aliment du même nom y est consommé depuis des siècles contre diverses affections.

Aujourd’hui, on le retrouve dans les rayons de nos épiceries bio sous forme de capsules, de thé, de poudre, de barres, de shots énergétiques ou encore de snacks…autant de produits sur lesquels vous trouverez des mentions « vegan », « bio », « pur », « sans OGM » et tutti quanti.

Les promesses de cette « plante miracle » ? Elles sont nombreuses, abaisser la pression sanguine et la glycémie, augmenter la production de lait pour les jeunes mamans, améliorer les symptômes de l’asthme, combattre le cancer et même apporter une protection contre l’intoxication à l’arsenic.

Quant au gout, hum..Disons que dans un smoothie, vous ne devriez pas trop le sentir passer à l’instar de la spiruline, mais que pur, il est un peu dur à avaler avec son petit gout de pelouse.

Qu’importe, les études semblent montrer (1) que le moringa et ses produits dérivés sont LA grosse tendance émergente sur le secteur de la santé avec ses 10% de croissance escomptée dans les années à venir.

Comment le Moringa est passé du statut d’aliment à celui de business comme l’ont fait tant d’autres avant lui (graines de chia, acérola et j’en passe) ? Zoom sur les petites feuilles vertes et leur histoire !

Une tendance venue des States…étonnamment !

arbre miracle

À la toute base, il y a une femme, Lisa Curtis, qui se retrouve à vivre au Nigeria en 2010 et s’affaiblit un peu au fil des mois à cause de sa nouvelle diète locale à base de riz et de millet et son travail physique en ferme.

Des villageois en viennent alors à lui vanter les vertus d’un arbre miracle dont on peut tout manger de ses plantes.

Ses feuilles sont en effet riches en vitamines et minéraux, ce qui est plutôt une bonne nouvelle dans cette zone en proie à la sous-nutrition. Encore mieux, cet arbre divin résiste à la sécheresse et représente une bonne source de calories en temps de crise.

Fort bien, Lisa ajoute le moringa à sa diète et reprend des forces, tombant au passage en admiration pour cet arbre qui offre un tel potentiel revigorant.

Elle s’ investit dès lors avec les femmes du village pour améliorer le processus de transformation du moringa tout en conservant au maximum ses vertus.

En rentrant aux « Stazunis » en 2011, Lisa ne fait pas comme vous et moi, elle ne blinde pas sa valoche avec de quoi tenir l’année en Moringa…Non, elle va plutôt lancer une campagne de crowdfunding sur Indiegogo avec trois partenaires pour lancer sa marque Kuli Kuli (on peut encore voir cette campagne ici).

Kuli kuli, ce sont donc les premiers snacks à base de Moringa auxquels Lisa et son équipe ont ajouté des ingrédients tels que des amandes, du miel, du chocolat, des dattes ou encore des cerises.

Success story baby ! Le marché était en plein boom et Lisa est arrivée au bon moment, au bon endroit.

Depuis, des centaines et des centaines de compagnies ont répliqué ce modèle aux états unis comme en Europe, allant de l’açaï sud-américain à la maca du Peru en passant par la Goji de chine, propulsant au passage le marché des « suppléments naturels » (dont 30% des lancements se font aux US – source).

Les Superfood ont cette petite touche « exotique » qui attire, c’est toujours la même formule : un produit fourni par Dame nature aux propriétés fantastiques qui pousse dans un endroit extraordinaire qui aident les locaux à rester en bonne santé…donc forcement, ce ne peut être qu’excellents pour nous, consommateurs à l’autre bout du monde !

S’en suit un bon petit coup de « polish marketing ».

La science Le marketing derrière le Moringa

Pour le moringa, il a suffi d’un terme : « miracle tree » pour déclencher un succès.

Et ce n’est même pas les équipes de Lisa qui ont trouvé la formule magique, les habitants d’où le Moringa est originaire surnomment réellement cet arbre ainsi : arbre miracle ou arbre de vie.

Une simple recherche avancée Google des mots « moringa + miracle » renvoie plus de 11 000 titres d’articles incluant ces termes !

Le problème…c’est qu’aucun consommateur français/européen/américain qui achète de la poudre de moringa en ligne ne s’en sert comme les locaux qui lui ont donné ce surnom ! Ces derniers ne le saupoudrent certainement pas dans leur porridge le matin avant d’aller à la salle !

Il faut dire qu’ils ont d’autres soucis, à savoir lutter contre la sous-nutrition et avoir de l’eau potable, car oui, les graines de Moringa auraient la capacité de purifier l’H2O, mais pas beaucoup plus que le corps humain (2).

Il n’en fallait cependant pas plus aux vendeurs de produits à base de Moringa pour brandir l’argument ultime sur le marché de la supplémentation : la bannière « detox » !

Le moringa aiderait effectivement à détoxifier votre corps, parce que le corps n’a rien pour faire le travail lui-même…oh wait…en fait si, un organe fait très bien le sale boulot, il s’agit du foie !

On a donc plusieurs gros arguments de ventes qui ont fait du Moringa une star des super aliments, à savoir une plante :

  • riche en nutriment
  • bourrée de protéines
  • pourvue de propriétés anti-inflammatoires et detox

Ceci a donné lieu à tout un tas d’articles sur le web se relayant les uns les autres à coup de « 10 raison de consommer du Moringa« .

Mais la plupart affirment sans citer de sources scientifiques quand d’autres mettent en avant de petites études menées sur des souris, au mieux.

Bref, comme souvent dans le milieu de la supplémentation, à y regarder de plus près, la liste des bienfaits potentiels fond comme rillettes sur le radiateur.

Pour ce qui est des bienfaits qui demeurent, ils peuvent souvent être assurés de manière plus efficace par d’autres aliments plus communs.

On vante par exemple les antioxydants du moringa, particulièrement les isothiocyanates, mais ces substances sont des composés courants que l’on trouve tout aussi bien dans des légumes crucifères les plus banals comme le brocoli, le chou et le chou-fleur.

Sauf que ces légumes poussent par chez nous et ne sont pas réduits en poudre pour être soigneusement mis en sachets avec un marketing alléchant pour être envoyés partout dans le monde et relayés par des articles type « Moringa the next superfood » publiés sur des sites de grand prestige comme « The Washington Post » (via une petite monétisation, à l’amiable).

Méfiez-vous donc de toutes ces « superfood ».

Ce n’est pas qu’elles sont mauvaises en soi, mais elles poussent le consommateur à aller chercher la pilule magique qui pousse à l’autre bout du monde plutôt qu’à reconsidérer son alimentation. Avant de penser supplémentation, pensez nourriture solide.

Dernière carte à abattre : la dimension équitable

Si toutes ces manœuvres marketing n’ont pas suffi à mettre les consommateurs avides de superfood dans leur poche, il reste aux entreprises une dernière carte à abattre : en plus d’améliorer votre santé, vous améliorez la planète !

Les marques du Wellness ont en effet à cœur de se forger une image éthique qui donnera de la valeur à leurs produits. C’est pourquoi vous les verrez souvent prôner la durabilité et le fair-trade.

Si l’on reprend l’exemple de Lisa Curtis et de sa marque Kuli kuli par exemple, celle-ci a fait du commerce de moringa un gain durable pour les communautés agricoles du Niger, en particulier des femmes qui travaillent dans les fermes. c’est une bonne chose et les intentions sont sans doute louables.

En pratique, les marques peuvent payer leurs matières premières à prix « juste », assurer un business pérenne aux populations locales, reverser un montant de leurs marges à des associations locales ou donner des vivres à des enfants en proie à la malnutrition.

En plus d’être bon pour le karma, c’est excellent pour le marketing, cela insuffle au consommateur l’envie de récompenser l’entreprise pour sa démarche en achetant un de leur produit, en plus de se donner une satisfaction morale. On peut alors vite se dire qu’en achetant cette barre riche en nutriments, on fait une bonne action en encourageant un business éthique tout en prenant soin de sa santé, ce qui fait de nous quelqu’un de responsable.

C’est un biais cognitif (grosso modo une prise de décision manipulée) très connu surnommé « l’effet de halo », qui fait que l’on attribue par exemple à quelqu’un des qualités sur la simple base de son apparence physique (on le fait tous). Mais l’effet de halo se manifeste aussi dans d’autres domaines, et c’est ce qui explique que l’on trouvera par exemple un vin meilleur si on le sait onéreux.

Il en va de même avec nos compagnies éthiques, les études montrent qu’elles attirent davantage la sympathie du consommateur, mais cela ne s’arrête pas là, car ce dernier jugera également meilleurs la qualité et le gout des produits s’il sait l’entreprise investie d’une mission responsable ! Ce n’est pas pour rien que tout bon géant s’évertue à faire du greenwashing (coucou Nestlé).

Si bien que n’importe quel superfood qui peine à montrer ses bienfaits aux yeux de la science peut se trouver une clientèle en forçant le passage du côté charitable. Sur le papier, le Moringa n’a pas grand-chose de « miraculeux », du moins, pas pour nous qui le consommons en poudre dans un smoothie.

Miraculeux, il l’est davantage pour les populations locales qui le consomment frais en cas de crise alimentaire pour lutter contre le malnutrition.

En conclusion

acheter du moringa bio

Le Moringa oleifera est un arbre jugé miraculeux, mais surtout un business florissant dans le marché du Wellness.

La science suggère timidement qu’il possède une action antioxydante et anti-inflammatoire décente. Il contient des composés dont la structure est similaire à celle du sulforaphane et semble être protecteur lorsqu’il est ingéré par voie orale.

Au-delà de ça, il s’agit d’une culture alimentaire très précieuse pour ceux qui le consomment frais, car l’arbre résiste à la sécheresse, pousse très vite et ses plantes sont hautement nutritives en plus de pouvoir purifier l’eau.

Il a su s’attirer un nouveau genre de clientèle, des personnes qui prennent soin de leur santé et s’en servent pour complémenter une alimentation et bénéficier d’effets anti-inflammatoires.

Bien qu’elle soit nutritives, ces doses complémentaires (quelle qu’en soit la forme) sont trop faibles pour prétendre à une nutrition adéquate.

Enfin, même si le moringa est généralement considéré comme non toxique, cela ne semble pas toujours être le cas.

Comme toujours, gardez à l’esprit qu’aucun superaliment n’est une promesse de poudre de perlimpinpin qui peut guérir vos maux liés à votre nutrition, ou autre.

Références :

[1] Top Emerging Trends in the Global Moringa Products Market | Technavio

[2] Protective effects of Moringa oleifera Lam. leaves against arsenic-induced toxicity in mice

jeudi 8 août 2019|

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