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Runners’high : qu’est ce que la « fonce-dé » du runner ?

  • runners high

Je sens que ce petit article va vous plaire ! Vous en avez peut-être déjà entendu parler, on évoque ce phénomène sous le terme de « runner’s high » aux États unis (high que l’on traduit ici par « planer », vous voyez l’idée, je pense).

Le phénomène est très simple. Chez certains, le fait de courir de longues distances peut provoquer un tel sentiment d’euphorie que l’état obtenu serait semblable à celui causé par certaines substances psychédéliques !

Ça n’a rien de nouveau, et peut être vous même avez-vous déjà éprouvé cela ? (Si oui, je vous en supplie, faites-m’en part en commentaire !)

Qu’est-ce que le runner’s high ?

Il peut se passer bien des choses dans la tête d’un runner en plein jogging, mais le phénomène « d’euphorie du runner » est tout de même unique en son genre !

Le phénomène ne se produirait pourtant que sur une minorité de coureurs, mais pour ceux qui en ont fait l’expérience, les sensations rapportées sont indubitables :

  • sentiment de paix extrême
  • sensation de « flotter »
  • grosse euphorie, bonheur extrême pouvant aller même jusqu’à l’altération de l’état de conscience
  • tolérance accrue à la douleur

Bref, si vous croisez un jour un type qui plane complètement et qui vous vous fait un câlin avant de reprendre son jogging, il est sans doute sous l'emprise du « runner high » !

En clair, plus vous courrez longtemps, plus vous pouvez développer le runner’s high, devenir plus résistant à la douleur, donc continuer de courir, donc planer plus longtemps, donc ressentir encore moins la douleur…etc.

Mais jusqu’à présent, tout cela restait un mystère. Du lard ou du cochon, telle était la question !

Ce phénomène est-il un véritable sous-produit d’un processus physiologique, ou simplement la perception d’un athlète peut être un peu fatigué ?

Qu’en dit la science ?

Cela fait des décennies que l’on pointe du doigt le phénomène en y apportant comme explication que c’est juste « une poussée des niveaux d’endorphine dans le cerveau ».

Oui, mais voilà, jusque récemment, il n’y avait pas de moyen de mesurer ces dits niveaux d’endorphine dans le cerveau. Mais ça, c’était avant comme dirait l’autre. Car en 2008, des chercheurs allemands ont utilisé la tomographie par émission de positrons (ou scanner TEP pour les intimes) afin d’examiner les niveaux d’endorphines dans le cerveau des coureurs avant et après des courses de longue distance.

Drôle comme expérience non ?

Pour cette étude, dix coureurs ont subi des tests psychologiques et une TEP avant et après une course de deux heures. Ensuite, les chercheurs ont comparé les images de la TEP pour déterminer quelles régions du cerveau présentaient le plus d’activité endorphinique.

Ils ont enfin demandé aux runners d’évaluer leur humeur et leur niveau d’euphorie. Ces perceptions d’euphorie ont ensuite été comparées aux changements des niveaux d’endorphine dans certaines régions du cerveau.

Qu’ont montré les résultats de cette petite étude ?

Les résultats de cette étude ont montré ce qui suit :

  • des endorphines ont été produites dans le cerveau pendant l’exercice (on pouvait facilement s’y attendre).
  • ces endorphines étaient rattachées aux récepteurs dans les parties du cerveau communément associées aux émotions (le système limbique et les zones préfrontales).
  • la quantité d’endorphines produites dans le cerveau correspondait au degré de changement d’humeur signalé par le coureur. On constatait chez le coureur qui décrivait une certaine euphorie et un changement d’humeur positif plus d’endorphines sur son PET.

Cette recherche a ouvert la porte à l’étude d’une variété de substances chimiques cérébrales, dont l’adrénaline, la sérotonine, la dopamine, etc., qui peuvent contribuer à ces sentiments d’euphorie chez les personnes qui font de l’exercice.

En comparant ainsi ces perceptions, les scientifiques espèrent bien trouver l’activité chimique cérébrale liée à la perception de la douleur et l’intensité de l’exercice.

Okay donc c’est l’exercice qui cause l’endorphine qui elle même rend heureux, CQFD ?! Et non, pas tout à fait !

Endorphines + Endocannabinoïdes, combo détonnant pour planer en courant !

Les scientifiques pensent maintenant que les crédits du runner’s high ne devraient pas tous revenir à l’endorphine. Les « vrais responsables » pourraient être les endocannabinoïdes, un groupe de substances chimiques présent dans le corps qui agissent un peu comme le composé de la Marie Jeanne et peuvent provoquer un état…de relaxation intense, si vous voyez ce que je veux dire.

Les endorphines se lient aux récepteurs opioïdes des neurones, affectant d’autres substances qui envoient à votre cerveau des signaux de douleurs. L’endorphine peut donc causer un soulagement musculaire, c’est pour cela qu’on les pensait responsables à 100% du phénomène.

Mais voilà, les endorphines sont trop grosses pour passer la barrière dite hématoencéphalique, une barrière plus « select » qu’un physio’ en entrée de nightclub de St trop’, et qui ne laisse rien passer de potentiellement néfaste pour le cerveau !

Les endorphines ne sont donc probablement pas responsable du bonheur découlant du runner high, parce qu’elles n’interagissent pas avec les cellules du cerveau, mais les Endocannabinoïdes oui. Ces dernières interagissent avec le cerveau de la même manière que le THC contenu dans la MJ, sauf que votre corps les produit naturellement.

En 2015, des chercheurs ont montré que les souris produisent plus d’anandamide (un neurotransmetteur cannabinoïde appartenant aux endocannabinoïdes) après avoir couru 6km.

Ils sont même allés plus loin en testant la résistance à la douleur de ces petites bêtes. Pour cela, les chercheurs ont placé les souris « runneuses » et d’autres souris qui n’avaient pas couru sur des assiettes très chaudes. Les souris qui avaient couru mirent plus de temps à déceler la douleur !

Mais les chercheurs décidèrent que ce n’en était pas assez (les souris n’étaient surement pas de cet avis, mais la science n’attend pas), ils refirent le test, cette fois-ci en administrant à certaines des souris « runneuses » des médicaments bloquant les endorphines, pour que ces dernières n’aient aucun effet. Une fois posées sur le plateau chaud, les souris agissaient toujours avec autant de calme…tiens donc.

Puis rebelote !

Les chercheurs administèrent ensuite aux « souris runneuses » un médicament bloquant cette fois-ci l’action des anandamides…bingo, cette fois-ci, les souris furent anxieuses et très sensibles à la chaleur du plateau.

Cette étude laisse donc supposer que :

  1. mieux vaut ne jamais être réincarné en souris de laboratoire (mais ça, on le savait)
  2. les anandamides (un groupe d’endocannabinoïdes ) contribuent plus que les endorphines au soulagement de la douleur durant le « running high », du moins chez les souris

Mais qu’en est il des hommes ?

En 2012, une petite étude a fait courir des hommes, des chiens et des furets sur des tapis de course durant 30 minutes. l’étude découvrit que les niveaux d’endocannabinoïdes augmentèrent chez les hommes et les chiens, tout deux mieux adaptés pour la course.

Plus tôt en 2011, une étude portant sur des cyclistes mâles en bonne santé suggéra que la production d’anandamide à partir de l’exercice pouvait augmenter les niveaux de neurotrophine, entraînant des effets antidépresseurs.

Maintenant, il faut retenir que ces études sont assez petites, durs donc de tirer de grandes conclusions.

Qu’est-ce qui provoque alors le runner’s high (théoriquement)?

Oui, parce que maintenant, vous voulez vous même courir sous l’effet de la drogue du runner admettez-le ! Bien, imaginons que vous courriez durant 30 minutes à disons, 80% de votre fréquence cardiaque maximum, vous allez augmenter vos niveaux d’endorphines et d’anandamides (similaire au THC dans la Marie Jeanne rappelons le).

Votre sang va apporter ces deux substances à votre cerveau par l’intermédiaire de la barrière hématoencéphalique (rappelez-vous, le videur de notre cerveau). Cette barrière va laisser passer l’anandamide, mais recaler l’endorphine, trop large. Pas de soucis, car le cerveau libère aussi de l’endorphine.

Ces deux substances qui boostent l’humeur sont maintenant dans le système nerveux, d’où elles vont limiter les signaux de douleurs des nocicepteurs.

Conséquence, vous n’allez pas réaliser que vos jambes brûlent et souffrent ! Vous êtes sûr de vous, motivé comme ja-ja, confiant !

Méfiance donc si cela vous arrive à ne point trop en faire…

Les grandes questions qui restent entières.

Le seul grand mystère que les chercheurs n’ont pas encore élucidé : c’est pourquoi certains runners sont plus susceptibles de faire l’expérience de cette euphorie que d’autres ?

Pourquoi certains parviennent à éprouver des niveaux élevés de ces substances chimiques du cerveau qui leur procurent une sensation de bien-être ?

Combien de temps et à quel point un athlète doit s’exercer pour activer la production d’endorphines ?

Enfin, pourquoi les coureurs semblent beaucoup plus susceptibles que les autres athlètes d’atteindre ce niveau d’euphorie ?

Certes, les cyclistes et les nageurs peuvent eux aussi en faire l’expérience, mais cela semble beaucoup moins fréquent que chez les coureurs…

To be continued !

Et vous les drogués de la course à pied, rien à déclarer ?

Runners’high : qu’est ce que la « fonce-dé » du runner ?
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lundi 24 septembre 2018|

2 Comments

  1. Thomas 25 septembre 2018 à 5 h 34 min

    Voilà bien quelque chose que j’ai toujours défendu sans avoir vraiment d’échos de la part d’autres runners. Moi-même, je profite des bien-faits de cet état de trans à l’occasion de mes sorties de C.A.P. (même symptômes que cité dans l’article)
    Pour ma part, ces effets se déclenchent lors de:
    -sorties longues ( au moins 2h00 mini ).
    -V.M.A ( type 3 x 15 mn après une demi heure d’échauffement)
    Donc, sur des efforts assez ‘rudes’ pour le corps, (il faut se faire mal, façon de parler)
    Mon explication concernant les autres athlètes (cyclisme, natation) qui ne ressentent pas ou moins ces effets et que, la course à pied est très traumatisant pour le corps (les endorphines ne serait elles pas lâchées en plus grand nombre?).

  2. sportequipe 25 septembre 2018 à 8 h 50 min

    Merci pour ce retour fort intéressant ! Je suis plutôt d’accord avec toi, il est vrai que le running est plus traumatisant que le vélo (certains cyclistes rencontrent néanmoins le même phénomène) et ce pourrait être une explication. L’autre question que je me pose, est-ce que cet état de trans’ peut être dangereux ? Si on ne perçoit plus la douleur, on peut risquer de ne pas entendre les appels à l’aide de son corps.

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