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L’électrostimulation comme gestionnaire de la douleur ?

  • electrostimulation

La stimulation électrique prend de plus en plus de place dans le paysage du sportif et n’importe qui peut maintenant y avoir accès à domicile (avec des « kinés de poche » comme le Bluetens) avec un appareil dédié ou dans un centre, sous la supervision d’un coach.

C’est donc un outil qui se développe et se démocratise, avec des appareils portatifs de plus en plus avancés (du moins en ce qui concerne la partie applicative).

On peut citer par exemple la marque Compex, un des leaders de l’électrostimulation, avec des appareils qui avoisinent parfois les 1000€ comme le compex SP6.0, que vous pourrez apercevoir chez votre kiné (et que vous pouvez tout à fait vous procurer pour une utilisation à la maison).

Malgré l’avancée technologique en la matière, la question demeure, est-ce que c’est efficace ?

Bien, je pense que la première question, c’est : si c’est efficace pour quoi ? Tout dépend en effet de ce que vous comptez en faire !

Si votre objectif est de maigrir sans effort, je vous en prie, revenez à la raison, aucun courant ne vous fera perdre votre ventre.

Si vous voulez prendre de la masse musculaire, revenez plutôt aux bases de la musculation, celles dont on est sûr qu’elles apportent des résultats (non pas que le stimulus électrique soit inintéressant pour autant de ce côté-ci).

Enfin, si vous voulez combattre vos douleurs musculaires et/ou récupérer d’un effort sportif intense, vous êtes au bon endroit, c’est le sujet du jour !

Connaissez-vous le TENS ?

tens contre les douleurs

Commençons par une petite piqure de rappel : quand vous faites de l’exercice physique,vous ne demandez pas à vos muscles de se contracter (du moins pas directement), c’est votre cerveau qui envoie l’information.

Quand on a recours à des appareils d’électrostimulation, la technologie remplace le cerveau en ordonnant aux muscles de se contracter via un courant électrique qui peut aller jusqu’à 150 hertz (celui du cerveau n’envoie quant à lui que 65 hertz).

Cette contraction assistée est donc plus intense et peut être utilisée dans 3 grands domaines :

  1. la musculation, comme on l’a vu avec le test du miha bodytech (les meilleurs résultats sont obtenus en couplant des exercices à l’electrostimulation)
  2. la récupération sportive (l’électrostimulation est très utilisée chez les triathlètes qui ont un grand volume d’entrainements et peu de temps de repos, afin d’optimiser ce dernier)
  3. pour lutter contre la douleur (l’électrostimulation est alors utilisée pour son action antalgique)

Pour répondre aux différentes utilisations, il existe deux types de courants :

  1. courant excito-moteur qui joue sur la contraction du muscle
  2. courant Tens qui joue sur les fibres nociceptives (les fibres de la douleur) pour une action antalgique.

Le TENS, c’est l’électrostimulation analgésique par voie transcutanée, pour la faire simple, on se fait « gentiment tazer » pour inhiber le message nerveux nociceptif en émettant un message contradictoire à celui de la douleur.

Il s’agit là d’une stimulation superficielle qui se fait via des électrodes placées en périphérie de la peau, on l’utilise principalement dans les cas suivants :

  • douleurs lombaires
  • sciatique
  • l’arthrose
  • polyarthrite rhumatoïde
  • fibromyalgie
  • « tennis elbow », « golf elbow », « runner knee » et autres blessures sportives
  • douleur au cou
  • douleur au genou
  • douleurs menstruelles
  • douleur neuropathique (douleur causée par une lésion nerveuse ou médullaire)
  • etc

Et cela n’a rien de nouveau, puisqu’on retrouve le TENS dans certaines cliniques de physiothérapie et de traitement de la douleur chronique depuis des décennies. Mais aussi populaire que soit la méthode, son efficacité relève davantage de l’expérience individuelle que des preuves scientifiques.

Est-ce que cela signifie que c’est inutile ?

Non, car il ne faut jamais sous estimé l’effet placebo, d’autant que les sensations peuvent être intéressantes pour temporairement détourner la douleur en « chatouillant » les muscles (tout dépend de l’intensité utilisée, le réglage importe pour beaucoup comme nous le verrons).

À ce stade, ce qu’il faut retenir, c’est que le TENS ne fait pas de miracles contre la douleur, et vous pourriez tout aussi bien vous en remettre à un bon aspirine (avouez que pour quelques centaines d’euros, ça fait cher l’aspirine).

J’exagère un peu, l’aspirine n’offrant toutefois pas cet effet de relaxation ni d’exercice doux pour des muscles en réadaptation, un point pour l’électrostimulation donc.

L’autre bon point, c’est qu’à priori, le TENS est « parfaitement » sécuritaire, les appareils grand public étant trop faibles pour être dangereux. Au pire, en y allant comme un sagouin avec un modèle très performant, vous risqueriez une irritation cutanée autour de la zone des électrodes.

Aucune preuve à ce jour ne semble indiquer que l’appareil d’électrostimulation puisse se retourner contre l’utilisateur en lui causant plus de douleur qu’il n’en soulager. Ce n’est peut-être pas impossible, mais il faut croire que c’est suffisamment rare pour ne pas en entendre parler.

Comment c’est supposé fonctionner au juste ?

Pour mieux comprendre, il faudrait définir la douleur.

Une bonne définition de celle-ci est la suivante : « la douleur est une sensation plus ou moins localisée, inconfortable et qui résulte de la stimulation des terminaisons nerveuses . Elle sert de mécanisme de protection dans la mesure où elle incite la personne atteinte à s’éloigner ou à se retirer de la source douloureuse. »

La douleur est donc un mécanisme de défense contrôlée par le cerveau protecteur qui a tendance à sonner l’alarme, peu importe ce qui se passe réellement dans les tissus. Notre cerveau est très têtu, ce qui fait qu’il est bien difficile de le convaincre de se taire complètement au sujet de la douleur, c’est pourquoi l’anesthésie est la seule analgésie vraiment efficace.

Le TENS pourrait perturber le mécanisme de la douleur, en procurant au cerveau des informations sensorielles inhabituelles qui vont « étouffent » les informations sur les lésions tissulaires afin de le distraire.

Il existe deux grandes théories pour expliquer comment une unité TENS fonctionne pour soulager la douleur :

  1. la première est la théorie de la libération d’endorphine, qui suggère que les impulsions électriques stimulent la production d’endorphines et d’enképhalines dans le corps. Ces substances naturelles semblables à la morphine empêchent les messages de douleur d’atteindre le cerveau, de la même façon que la pharmacothérapie conventionnelle, mais sans le danger de dépendance d’autres effets secondaires.
  2. la seconde est la fameuse « gate control theory« , dont on avait déjà parlé lors du sujet sur les tapis d’acupression et qui semble être la plus avancée

En gros, le «gate control theory» c’est la capacité du message de la douleur à être inhibé par un autre message de la douleur.

Nous possédons plusieurs types de fibres nerveuses véhiculant la douleur dans le corps, attardons-nous sur deux d’entre elles :

  • les fibres C qui ont pour rôle de transmettre les douleurs lancinantes et longues, et qui mettent du temps à faire arriver le message douloureux. Ce sont elles en priorité qui agissent quand on se brûle par exemple. Sur l’instant on ne ressent que peu la douleur et on retire sa main, vient la phase où l’on ne sent plus rien, puis la douleur lancinante de la brûlure arrive véhiculée par les fibres C.
  • les fibres A, qui sont quant à elles des messagères de la douleur immédiate, très rapidement véhiculée.

Et bien le « Gate Control » ou théorie de la porte indique que, lorsqu’on souffre d’une douleur lancinante et prolongée (fibre C), et que cette dernière se voit stimulée par une nouvelle douleur aiguë (via les fibres A), cette dernière va venir inhiber la douleur des fibres C.

Voici un exemple parlant, vous le voyez ce coin de table basse ? Vous revivez cette situation où votre valeureux petit doigt de pied vient s’y cogner…(je sens que ça ravive des douleurs !), et bien dans une telle situation, la douleur met quelques secondes à arriver, lancinante, avant de vite devenir insoutenable.

Que fait-on généralement ?

On crie, oui, mais on a tendance automatiquement à se mordre les doigts ou presser fortement son pied, car on recherche inconsciemment à stimuler les fibres A en provoquant une douleur rapide de faible intensité pour prendre le pas sur la douleur des fibres C.

L’électrostimulation pourrait donc empêcher le cerveau de faire son travail en s’appuyant sur la théorie de la porte, mais le petit problème est le suivant…tôt ou tard, l’alarme de douleur du cerveau finira par se déclencher (parfois à la seconde même où vous éteindrez votre TENS).

En gros, le TENS est un placebo sophistiqué qui a pour but de convaincre votre cerveau de l’atténuation de la douleur.

Maintenant que l’on sait comment ça marche théoriquement, voyons si c’est efficace en nous appuyant sur la littérature scientifique.

Le TENS efficace contre la douleur ? Qu’en dit la science ?

tens pour la relaxation

Comme le chantait de Pradel : « l’électricité tue ou bien guérit« , il est possible que ni l’un ni l’autre ne s’applique ici (heureusement pour la première affirmation).

Je vous ai dit que ce n’était pas miraculeux, et ce constat sort de la littérature scientifique plutôt bien fournie sur le sujet. En fait, on a un petit problème au sujet de celle-ci…elle présente à la fois un nombre d’études insuffisant et des protocoles souvent peu rigoureux.

S’il existe des résultats positifs, beaucoup d’études ne sont pas vraiment concluantes quant à l’efficacité des appareils TENS et d’autres recherches s’avèrent globalement nécessaires.

Mais pourquoi tant de disparités entre les différentes études ?

Il se pourrait que ce soit parce que les revues jouent sur bien des paramètres différents concernant :

  • les gammes d’intensités de la stimulation électrique
  • les fréquences de la stimulation (i.e nombre d’impulsions/seconde)
  • la durée (i.e nombre de microsecondes pendant lesquelles le courant pénètre dans la peau à chaque impulsion)
  • l’homogénéité de la population clinique (tous les volontaires ne présentent pas la même douleur)
  • l’interaction possible avec certaines prises médicamenteuses

Quand on consulte les études menées au sujet du TENS, on se rend vite compte que les protocoles n’emploient jamais les mêmes intensités/ durées de stimulation, ce qui se répercute dans les résultats.

Une récente critique de 2005 analysant les différentes données sur le sujet arrive également au constat que les preuves scientifiques de l’efficacité du TENS sont contradictoires et point du doigt le manque de cohérence entre les études.

On ne peut donc absolument pas affirmer que l’électrostimulation soulage les douleurs à l’heure actuelle.

Les appareils TENS efficaces pour lé récupération ?

électrostimulation récupération

Les appareils TENS sont très appréciés des sportifs d’endurance qui n’ont que peu de jours de récupération dans leurs calendriers.

Mais côté récupération, ce n’est pas tellement mieux que côté gestion de la douleur, en atteste cette étude qui conclut que :

« lorsqu’elle est utilisée comme modalité de récupération, la stimulation électrique a démontré certains effets positifs sur l’élimination du lactate ou l’activité de la créatine kinase, mais les preuves concernant la restauration des indicateurs de performance, comme la force musculaire, font toujours défaut.

L’absence d’effet positif pourrait en partie être attribuée à des problèmes méthodologiques tels que le choix arbitraire de l’intensité de stimulation.

De plus, la plupart des effets positifs de la stimulation électrique ont été obtenus sur des paramètres subjectifs tels que la perception de la douleur. Cette stratégie de récupération pourrait donc améliorer le sentiment subjectif de bien-être et favoriser l’attitude des athlètes envers l’entraînement.

La stimulation est l’intervention la plus efficace par rapport aux exercices dans l’eau et au repos assis. Par conséquent, bien qu’aucun effet n’ait été obtenu pour la performance, la stimulation électrique (appliquée seule ou combinée à une autre modalité de récupération) semble être un traitement alternatif valide pour la récupération après l’exercice lorsque la douleur est la plus importante. »

Beaucoup de choses intéressantes ici :

  • la stimulation électrique semble être en mesure d’éliminer le lactate (dérivé de l’acide lactique du muscle lorsqu’il se fatigue)
  • les effets positifs ont été mesurés sur des paramètres subjectifs, ce qui laisse à penser que l’effet placebo joue ici un peu dans la balance
  • on note ici encore des problèmes de méthodologie dans les études
  • la stimulation électrique semble toutefois demeurer une bonne alternative pour la récupération de la douleur malgré les zones d’ombre
Si vous comptez succomber aux charmes de l’électrostimulation pour récupérer de vos entrainements intenses, vous devez savoir que vous risquez de développer une forme de tolérance au traitement si celui-ci est répété, ce qui signifie qu’il sera, à terme, de moins en moins efficace. Pour prévenir ce phénomène au maximum, les experts recommandent d’alterner entre basse fréquence et haute fréquence à chaque séance et d’augmenter progressivement l’intensité et/ou la durée au fil des sessions.

Le TENS efficace contre les trigger points ?

Connaissez-vous les trigger points, ces « points de déclenchement » aussi appelés « nœuds musculaires » sont des zones douloureuses qui reste un mystère entier pour la science.

Vous les avez sans doute pourtant déjà expérimentés, ils sont semblables à des muscles endoloris et ont alimenté beaucoup de théories et de remèdes potentiels depuis une dizaine d’années.

Alors pourquoi pas le TENS après tout ?

Il s’avère qu’une étude réalisée en 1997 sur le sujet a donné des résultats positifs !

Ce n’est qu’une petite étude faite sur 60 personnes atteintes de trigger points dans les trapèzes certes, mais l’expérience était bonne et les résultats prometteurs.

Elle consistait à comparer3 méthodes de soulagement : la stimulation nerveuse (ENS pour electric nerval stimulation), la stimulation musculaire (EMS pour electrical muscle stimulation) et un placebo.

Les auteurs ont conclu que l’ENS était plus efficace que l’EMS pour le soulagement immédiat de la douleur des trigger points, mais que l’EMS avait un meilleur effet sur la libération immédiate de la tension musculaire.

Le mot de la fin

Que retenir de ce flot d’informations ?

Vous avez compris qu’à ce stade, personne ne peut affirmer que les appareils TENS peuvent quoi que ce soit à vos douleurs, et c’est probablement à vous de tester si cela vous fait du bien ou non !

Effet placebo ou pas, peu importe !

Si la stimulation électrique vous permet de mieux récupérer et d’améliorer votre quotidien et vos douleurs, foncez, car le protocole a tout de même l’avantage d’être peu invasif contrairement à un traitement médicamenteux.

Voyez tout de même avec votre état de santé et demandez le feu vert de votre médecin au préalable, des contre-indications s’appliquent (surtout si vous êtes cardiaque ou que vous avez des plaies récentes suite à une opération).

Cela vaut donc la peine d’essayer et tout n’est pas à jeter, mais n’ayez tout de même pas trop d’attentes.

Si vous le pouvez, menez votre traitement TENS sous la supervision d’un thérapeute formé pour de meilleurs résultats.

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jeudi 27 juin 2019|

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